Journée mondiale des éléphants : Protéger les éléphants, protéger le paysage que nous partageons
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En cette Journée mondiale des éléphants, le Parc national de l'Upemba porte son regard au-delà des limites de l'aire protégée — afin de comprendre où se déplacent les éléphants, pourquoi ils se déplacent, et comment les communautés humaines et la faune peuvent partager ce même territoire de manière plus sûre.
Peu d'animaux incarnent l'immensité et la complexité des paysages sauvages d'Afrique autant que l'éléphant. Pourtant, à travers tout le continent, l'éléphant de savane d'Afrique (Loxodonta africana) fait face à une pression croissante due à la perte et à la fragmentation de son habitat, aux activités humaines et au braconnage. Dans la région du Katanga, ce constat est particulièrement frappant. Selon les estimations historiques, plus de 9 500 éléphants vivaient dans la région en 1951, alors que les estimations récentes indiquent qu'il en resterait moins de 150 le long de l'axe Malemba-Nkulu–Manono. Pour le Parc national de l'Upemba, la protection de ces derniers individus exige donc bien plus que la simple sécurisation d'une aire protégée : elle nécessite une compréhension globale du paysage élargi dont ils dépendent, ainsi que de la relation de plus en plus complexe entre la faune et les communautés riveraines.

Suivre les éléphants au-delà des limites
En mai 2025, Upemba a mené une opération de pose de colliers GPS pour mieux comprendre les déplacements des éléphants à travers le paysage. Neuf éléphants issus de différents troupeaux ont été équipés de colliers GPS, fournissant à nos équipes des données de localisation en temps réel et permettant au parc d'avoir une vision plus claire de leurs trajectoires, de l'utilisation de leur habitat et de leurs comportements saisonniers.
Cette technologie est d'autant plus précieuse car les éléphants de la région ne restent pas cantonnés aux limites du parc. Ils évoluent plutôt au sein d'une mosaïque complexe d'habitats comprenant le secteur nord-est et la zone annexe du parc, tandis que d'autres sont localisés à des centaines de kilomètres au nord des limites de l'aire protégée. Comprendre leurs mouvements dans leur ensemble demeure essentiel pour déterminer, de manière factuelle, où ces animaux voyagent, de quelles zones ils dépendent et où leurs trajectoires sont susceptibles de croiser les communautés humaines.
La première année de données a déjà révélé l'ampleur spectaculaire de ces déplacements. Six des éléphants suivis évoluant dans le paysage Malemba-Nkulu–Manono–Kabalo ont parcouru en moyenne environ 4 797 kilomètres, avec un domaine vital moyen estimé à plus de 8 276 km². En comparaison, les trois éléphants suivis autour de Mabwe (zone annexe) ont parcouru en moyenne environ 3 476 kilomètres, au sein d'un domaine vital moyen nettement plus restreint d'environ 751 km². Cette disparité illustre la diversité des manières dont les éléphants utilisent le paysage du Katanga, tout en renforçant un principe fondamental de la conservation : l'habitat d'un éléphant ne s'arrête pas aux frontières d'une aire protégée.
Les résultats de la télémétrie démontrent également l'importance des espaces situés hors des zones protégées formelles. Le long de l'axe Malemba-Nkulu–Manono–Kabalo, les éléphants suivis effectuent d'importants déplacements nord-sud à travers des zones faisant office de corridors écologiques, tandis que le groupe de Mabwe présente un schéma de déplacement ouest-est plus restreint, entre le lac Mabwe et la chaîne de montagnes de Wajika. Fait marquant : l'étude a révélé que la totalité de l'aire fréquentée par les éléphants suivis se situe en dehors d'une zone formellement protégée ou conservée. Cela signifie que ces animaux partagent directement leur habitat avec les populations humaines, en particulier les agriculteurs.
Protéger ces corridors fonctionnels et comprendre leur utilisation par les éléphants est donc primordial, non seulement pour la survie de l'espèce, mais aussi pour identifier les zones où les interactions homme-éléphant sont les plus probables afin d'y déployer des mesures préventives.

Conservation et coexistence : deux impératifs indissociables
C'est ici que la conservation des éléphants devient indissociable du bien-être des communautés. Dans certaines parties du paysage, les éléphants et les populations se disputent le même espace, et les déplacements des pachydermes peuvent les mener dans des zones agricoles où les cultures et les moyens de subsistance se retrouvent menacés. Dans certains cas, ces rencontres ont également entraîné des pertes en vies humaines, générant peur et frustration au sein des populations et rendant la conservation des éléphants considérablement plus difficile.
Lorsque les communautés subissent le coût de la cohabitation avec la faune sans soutien ni protection adéquats, l'éléphant peut naturellement cesser d'être perçu comme un patrimoine naturel partagé pour devenir une menace pour la sécurité des ménages. Répondre à cette réalité ne constitue donc pas une démarche distincte de la conservation : c'est l'une de ses conditions essentielles de réussite.
Pour cette raison, l'approche de l'Upemba associe de plus en plus les interventions directes en matière de faune sauvage à l'engagement communautaire et à la planification à long terme. Autour d'Ankoro, les équipes ont mené des séances de sensibilisation et des consultations visant à comprendre les conflits homme-éléphant et à identifier les pistes favorisant une coexistence pacifique.
La recherche de solutions pratiques implique également d'explorer des moyens permettant aux communautés de protéger leurs moyens de subsistance sans nuire aux éléphants. À titre d'exemple, les rapports ont mis en avant le potentiel des barrières à base de piment — déjà utilisées dans d'autres régions — comme approche envisageable pour réduire les incursions d'éléphants dans les zones agricoles vulnérables. Les éléphants étant naturellement repoussés par l'odeur et les propriétés irritantes du piment, de telles mesures contribuent à protéger les récoltes sans blesser les animaux, tout en soutenant les communautés par la fourniture de semences de piment, des formations et, potentiellement, une source de revenus complémentaire. Ces solutions ne résoudront pas l'ensemble des conflits homme-éléphant, mais elles témoignent d'une évolution majeure des perspectives : la coexistence exige des outils pratiques adaptés aux réalités des agriculteurs tout en garantissant la sécurité et la préservation des éléphants.

Un avenir partagé pour les éléphants et les humains
L'histoire qui se dessine à travers le travail télémétrique de l'Upemba ne concerne donc pas uniquement les éléphants : c'est l'histoire des paysages qu'ils habitent et des personnes qui partagent ces territoires avec eux. Les éléphants suivis dans le cadre de cette étude franchissent des zones protégées et non protégées, suivant des cycles saisonniers et empruntant des corridors qui relient les différentes composantes d'un vaste écosystème. Leur survie dépend non seulement de la lutte contre le braconnage et de la protection des individus, mais aussi du maintien de la connectivité écologique qui permet aux populations de circuler à travers le paysage. Dans le même temps, une conservation pérenne doit prendre en compte les réalités des communautés dont les champs, les habitations et les moyens de subsistance recoupent ces routes migratoires. L'avenir de la conservation des éléphants au Katanga dépendra de notre capacité à conjuguer ces deux impératifs.
Pour le Parc national de l'Upemba, cela implique de continuer à investir dans la recherche scientifique nécessaire pour comprendre les déplacements des éléphants, tout en renforçant le dialogue et les mécanismes qui rendent la coexistence possible. Les colliers GPS montrent aux équipes de conservation où se déplacent les éléphants ; l'engagement communautaire permet d'expliciter ce que ces déplacements signifient pour les personnes vivant le long de ces axes ; et la planification concertée aide à identifier les points de convergence entre corridors, zones agricoles, zones tampons et priorités de conservation.
Protéger les éléphants devient ainsi une entreprise menée à l'échelle de tout le paysage, mobilisant écogardes, chercheurs, communautés, autorités locales et partenaires de la conservation. L'objectif n'est pas simplement de maintenir les éléphants à l'intérieur d'aires protégées, mais de créer les conditions leur permettant de circuler en toute sécurité à travers le paysage, tout en veillant à ce que les communautés soient mieux équipées et soutenues pour vivre à leurs côtés.
En cette Journée mondiale des éléphants, nous célébrons bien plus que l'éléphant. Nous célébrons les paysages qui le font vivre et saluons les communautés qui partagent ces terres avec lui. Nous reconnaissons les dures réalités de la cohabitation avec l'un des animaux les plus imposants et puissants d'Afrique, tout en affirmant que la survie de l'éléphant dans le paysage du Katanga repose sur notre capacité à bâtir une relation harmonieuse entre conservation de la nature et bien-être communautaire.

Images: Justin Sullivan & Hugh C. Kinsella, Parc National de l'Upemba - 2025




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